Section de Paris 19 è arrondissement

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Intervention relative à la Loi travail

Mercredi dernier, ce sont environ 500000 personnes, essentiellement des jeunes et des salariés, 100000 pour la seule manifestation parisienne, qui ont défilé pour demander le retrait du projet dit « loi travail » présenté par le gouvernement. D'autres grèves et manifestations, qu'on peut supposer plus massives encore, sont à prévoir pour les 17 et 31 mars prochain.

Monsieur le Maire, un tel niveau de mobilisation dans notre pays, notre ville et notre arrondissement justifie en soi que l'ensemble des instances élues par nos concitoyens s'emparent de ce débat, le fasse vivre, de façon contradictoire et équilibrée.

C'est dans cet esprit que le groupe communiste/Front de gauche, dans le 19e comme dans la plupart des arrondissements de Paris, a souhaité déposer un vœu d'arrondissement qui permette à notre Conseil, en tant qu'assemblée d'élu-e-s représentant à la fois les habitant-e-s du 19e et la quasi-totalité des sensibilités politiques du champ démocratique, de se prononcer sur un enjeu majeur, celui du travail et de son organisation. Constatant que le groupe écologiste et citoyen partageait à la fois notre désir de faire vivre le débat et notre opposition au projet de loi, nous avons d'ailleurs proposé à nos collègues écologistes de signer un vœu commun.

Cela n'a pas été possible en raison de votre refus, Monsieur le Maire, de faire figurer le vœu déposé par nos collègues écologistes et citoyens à l'ordre du jour de notre Conseil. Cela fait partie de vos attributions en tant que Maire de décider des points à l'ordre du jour en fonction de notre règlement intérieur, cependant nous contestons l'interprétation que vous faites de celui-ci.

En effet, vous arguez pour justifier votre refus que la question du projet de loi Travail ne concerne pas spécifiquement le 19e. Certes. Mais, comme sujet politique majeur, il le concerne pleinement. La preuve : sur les 1,2 millions de Français qui ont signé la pétition contre la loi Travail, il y a une semaine, 5407 vivaient dans le 19e, ce qui nous plaçait comme 3e code postal à l'échelle nationale ! Avant-projet ou projet de loi, là n'est pas, pour nous, la question, puisque le débat s'est déjà très largement emparé de la population.

Et puis, on ne parle pas de n'importe quel sujet. Vous le savez, nous ne sommes pas coutumiers des vœux d'arrondissement sur des sujets nationaux. Mais ce projet de loi, en sacrifiant la condition des salarié-e-s, traite de l'avenir des jeunes, des plus diplômés aux plus précaires, qui parfois, d'ailleurs, sont les mêmes. Dans un 19e où 30% des jeunes sont au chômage, où 36% d'entre eux se situent sous le seuil de bas revenus, et combien enchaînent les stages et les CDD, je peux vous assurer que chacun-e se sent concerné par les débats sur la nature et l'avenir du travail salarié. Dans un 19e où, lorsque nous organisons un processus de recrutement autour des nouveaux emplois qui ouvrent autour du boulevard Macdonald, trois cent jeunes se présentent, CV à la main, déterminés, prêts à s'engager dans la dynamique économique d'un quartier en plein bouleversement, je pense que le Conseil de cet arrondissement est pleinement légitime pour prendre position au sujet de la lutte contre le chômage.

Malgré ce refus de permettre à chaque élu-e, en conscience, de se prononcer sur ce projet de loi, nous comptons bien continuer à informer les habitant-e-s du 19e sur l'ampleur du désastre que constituerait son adoption et à construire des alternatives à la précarité érigée en norme. Nous saluons d'ailleurs la délégation de syndicalistes qui a souhaité assister à nos débats et leur disons que leur vigilance démocratique est tout à leur honneur.

La mobilisation a d'ores et déjà permis quelques reculs, mais c'est la logique même du projet de loi Travail que nous contestons, à savoir le fait que les accords d'entreprises puissent se substituer à la loi. On nie ainsi le rapport de subordination entre employeur et salarié, à contre-sens du fondement même du droit du travail.

Avec les jeunes et les salarié-e-s mobilisé-e-s, nous allons continuer à clamer qu'on vaut mieux que ça, comme le postule le hashtag à la mode : que chacun-e mette ce qu'il souhaite dans ce « on » : « on », la France, « on » les jeunes, mais assurément aussi « on », la gauche : on vaut mieux que la possibilité pour une entreprise de licencier sans avoir de difficultés économiques, mieux que la suppression de la visite médicale obligatoire, mieux que la possibilité de majorer seulement de 10% les heures supplémentaires, que la possibilité d'allonger le temps de travail, que la possibilité de fractionner les 11 heures de repos hebdomadaires, que l'augmentation du travail de nuit, que la possibilité d'imposer aux salariés une baisse de leur salaire et une modification de leur temps de travail, que la suppression du minimum de 6 mois de salaire à titre de dommages et intérêts en cas de licenciement injustifié, etc.

Monsieur le Maire, pensez-vous que, face à ce catalogue à la Prévert de mesures qui nous font remonter dans le temps vers la jungle économique du 19e siècle, on puisse rester neutre ?

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